Emploi : les jeunes n’hésitent plus à quitter leur CDI

Les ruptures de CDI explosent chez les jeunes depuis la crise sanitaire. Si beaucoup l’ont choisi et y gagnent en opportunités, d’autres s’exposent à un déclassement durable, révélant un marché du travail davantage polarisé.

Le CDI, ce n’est plus pour la vie. Ce contrat de travail à durée indéterminée, synonyme d’emploi stable, n’a plus la cote. Et pas seulement du point de vue des employeurs, qui lui préfèrent souvent des statuts plus précaires. De nombreux jeunes y renoncent de leur plein gré. C’est le résultat d’une récente étude de la chercheuse Fanette Merlin, du centre d’études et de recherches sur l’emploi et les qualifications (Céreq). En se basant sur les données des enquêtes « Génération », elle montre que, depuis 2020, les jeunes actifs ont eu tendance à quitter de façon nettement plus fréquente un CDI que leurs aînés quelques années plus tôt.

Un résultat qui interpelle car le CDI est censé constituer « la forme normale et générale de la relation de travail ». C’est en tout cas la définition officielle que lui donne le code du travail. Et jusqu’à récemment, il constituait le Saint-Graal : décrocher un CDI, c’était le gage d’une insertion réussie sur le marché du travail. Mais la crise sanitaire est passée par là, bousculant le rapport au travail des nouvelles générations.

Ainsi, parmi les jeunes qui ont commencé à chercher un travail en 2017, 58 % de ceux qui avaient décroché un poste en mars 2020 étaient en CDI, soit une légère augmentation par rapport à la génération qui a terminé ses classes en 2010. Mais trois ans plus tard, en 2023, patatras : presque un quart de ces jeunes ne sont plus en CDI. Une proportion en nette hausse : ils n’étaient que 17 % dans ce cas de figure au sein de la génération 2010 et 16 % pour la génération qui a terminé ses études en 2004.

Les ruptures de CDI progressent en moyenne de plus de 40 % entre les générations 2010 et 2017 dans tous les secteurs d’activité

Au total, les ruptures de CDI progressent en moyenne de plus de 40 % entre les générations entrant sur le marché du travail en 2010 et en 2017. Et tous les secteurs d’activité sont concernés. Dans les arts et spectacles, la part de CDI rompus est passé de 60 à 76 %. Dans l’enseignement, de 30 à 53 %. Dans les activités financières, d’assurance et immobilières, de 25 à 63 %. Une vraie désertion !

Une double tendance

Toutes ces ruptures ne se valent pas. La plupart sont choisies : elles se font à l’initiative du jeune dans 67 % des cas en moyenne, et jusqu’à 77 %, par exemple, dans le secteur des activités juridiques et comptables. Quand elles sont choisies, ces ruptures se traduisent souvent par de meilleures chances ensuite de retrouver un emploi stable ailleurs.

C’est ce que l’on observe notamment dans des secteurs comme l’information-communication, l’architecture-ingénierie ou les activités financières. Lâcher son CDI y constitue une sorte de tremplin pour saisir une autre opportunité : plus de 70 % des jeunes qui y ont rompu leur CDI en 2020 occupaient à nouveau un CDI ou un poste de fonctionnaire en 2023.

Pour certains, lâcher son CDI y constitue une sorte de tremplin pour saisir une autre opportunité

Mais certaines de ces ruptures sont en revanche subies, observe l’autrice. Elles peuvent alors se traduire par une sortie durable de l’emploi salarié stable, voire du marché du travail. Avec « parfois des conséquences lourdes sur les parcours ultérieurs, notamment en termes de déclassement ou d’exclusion », conclut-elle.

Bref, si les jeunes snobent le CDI, cette tendance masque deux réalités bien différentes : « Une mobilité choisie vers un meilleur emploi dans certains cas, un décrochage subi à la suite de la crise sanitaire dans d’autres. »

Source : https://www.alternatives-economiques.fr/emploi-les-jeunes-nhesitent-plus-a-quitter-leur-cdi/00118095