IA à France Travail : 27 cas d’usage déployés et utilisés à grande échelle.

Deux programmes ont véritablement permis un essor de l’IA chez France Travail depuis 2019, relève la Cour des Comptes. Les gains d’efficience sont évalués à 120M€ et devraient progresser ces prochaines années.

L’intelligence artificielle, une nouvelle donne au sein de France Travail ? Pas totalement. Comme le rappelle la Cour des Comptes dans son rapport, le premier outil d’IA de l’opérateur public est entré en service en 2015.

Les magistrats notent que le déploiement de l’IA a véritablement pris son essor chez France Travail à partir de 2019. Une dynamique soutenue par deux programmes successifs.

Une Fabrique IA pour internaliser le delivery

Entre 2019 et 2022, l’opérateur initiait “Intelligence emploi”. Son premier effet : le doter d’une “capacité à développer des solutions d’IA.” C’est sur cette période que France Travail s’est équipé d’une “plateforme technologique et d’une “Fabrique IA”, une AI Factory.

Grâce à ces socles, l’opérateur dispose de moyens dédiés consacrés “à la conception et la constitution des outils d’IA.” Est venue s’y ajouter une “gouvernance éthique.” A la suite de ce premier programme, l’acteur public en a enclenché un second en 2024.

Son nom : “Data IA”. Ce dispositif visait en particulier à intégrer les évolutions technologiques apportées par l’IA générative. Le programme était en outre motivé “par le besoin de renforcer le pilotage de la donnée et par la nécessité d’accompagner la transformation de l’opérateur.”

56% d’agents utilisateurs de l’IA, dont 9% au quotidien

Et les résultats sont là en matière de déploiement. La Cour des Comptes comptabilisait en avril 2025 un total de 27 cas d’usage déployés et utilisés à grande échelle. Ces projets ont en commun des mêmes finalités :

“[…] améliorer le service rendu aux demandeurs d’emploi et aux entreprises, d’une part, et à générer des gains d’efficience, en permettant aux conseillers de se consacrer à des tâches à plus forte valeur ajoutée, d’autre part.”

Les ambitions sont-elles atteintes ? Comme souvent, la Cour dresse un bilan “contrasté”. L’adoption est bien là néanmoins. Ainsi, en mars dernier, l’utilisation de l’IA concernait 56% des agents, “dont 9 % chaque jour et 18 % plusieurs fois par semaine.”

108 millions € de coûts de développement depuis 2017

Pour autant, France Travail doit aller plus loin. Les magistrats encouragent l’opérateur “à explorer davantage le concours de l’IA aux gains d’efficience, en particulier dans les fonctions support.” Des gains, il en dégage déjà.

En cumulé entre 2017 et 2025, ils sont évalués à 120 millions d’euros, mais “sous des hypothèses favorables” est-il précisé. France Travail affiche ainsi un solde positif, quoique légèrement, entre bénéfices et dépenses.

En effet, les coûts de développement depuis 2017 atteignent 108 millions d’euros, dont 93 M€ entre 2017 et 2024 et 15 M€ prévu en 2025. Investissements technos et humains permettent à France Travail d’espérer des gains supérieurs à l’avenir.

Meilleur suivi des gains et cas d’usage préconisé

“Ces gains devraient logiquement augmenter au cours des prochaines années avec l’expérience acquise par France Travail en matière de développement d’outils d’IA et leur déploiement à plus vaste échelle”, souligne le rapport.

De fait, l’IA occupe “une place centrale dans le plan d’efficience 2025-2027 de l’opérateur.” Et celui-ci se doit de transformer réellement puisque les gains dégagés doivent lui permettre de couvrir de nouvelles missions.

Pour s’en assurer, la Cour juge indispensable pour France Travail de se doter d’un suivi des coûts relatifs à l’utilisation de l’IA. Autre préconisation : une actualisation régulière et précise de la liste des cas d’usage à mobiliser au service des gains d’efficience.

Un conseil d’administration encore éloigné de l’IA

Afin de réussir sur l’IA, l’opérateur devra toutefois aussi progresser sur le pilotage de la donnée, qualifié de “faiblesse récurrente”. Un caillou dans la chaussure persistant puisque déjà observé dès le programme Intelligence emploi.

Une IA performante, c’est d’abord des données disponibles et de qualité. Or, dès Intelligence Emploi, l’agence se heurtait à un obstacle : “les données alimentant les cas d’usage étaient dispersées et insuffisamment actualisées.”

Pour gagner en performance et en pilotage sur l’IA, les administrateurs de France Travail vont également devoir plus s’impliquer. Jusqu’en mai 2025, le conseil d’administration n’était que “ponctuellement informé et peu sollicité par la direction générale.”

Une carence justifiée par un relatif désintérêt des administrateurs eux-mêmes, et qui “apparaissaient peu demandeurs sur le sujet” de l’IA. “Au regard de son importance, l’opérateur est invité à informer régulièrement ses administrateurs du déroulement du programme Data IA”, indique la Cour des comptes.

Sur l’AI Act et le RGPD, France Travail doit progresser

D’autres améliorations sont attendues par les magistrats de la rue de Cambon. L’IA s’accompagne de risques. Or, le rapport juge ici que “le respect du cadre normatif par l’opérateur présente des lacunes importantes.”

Ce carton jaune s’explique notamment par “des faiblesses (…) dans l’analyse de la conformité des outils d’IA” avec le RGPD. Sept ans après son entrée en vigueur, le règlement n’est pas suffisamment maîtrisé. Et cela ne passe pas.

“La quasi-absence d’analyse d’impact sur la protection des données concernant les traitements de données personnelles figurant dans les cas d’usage d’IA traduit l’absence d’une analyse des risques sur les données personnelles.”

Afin d’éviter la récidive, France Travail doit d’ailleurs s’activer sur la conformité avec l’AI Act. L’opérateur se voit reprocher de n’être “pas suffisamment préparé”. Des actions correctives sont cependant mises en œuvre dans ce secteur via un plan d’actions lancé au printemps dernier.

Une charte et un comité éthique à utiliser plus et mieux

En matière d’éthique aussi, France Travail a du pain sur la planche. Certes, il dispose depuis avril 2022 d’une charte éthique. Problème, le respect des engagements listés dans ce document “n’est pas garanti.” Sur les 27 cas d’usage identifiés, 18 “ont fait l’objet d’un début d’analyse éthique formalisé.”

En outre, le comité consultatif éthique tend à être laissé de côté. Celui-ci “n’a eu connaissance que d’un cas d’usage développé sur six.” La Cour demande un renforcement de l’information du comité et de la transparence de ses travaux.

Elle souhaite aussi que soient définis des critères de saisine obligatoire en fonction de la sensibilité des systèmes d’IA. Sur le front de l’emploi enfin, l’IA n’a pas eu pour effet de réduire le nombre d’ETP. En ce qui concerne le dialogue social, “il se renforce.”

Reste, comme dans un grand nombre d’organisations, privées comme publiques, à approfondir le thème “des effets du déploiement de l’intelligence artificielle sur les conditions de travail et la transformation des métiers.”

Source : https://www.zdnet.fr/actualites/ia-a-france-travail-27-cas-dusage-deployes-et-utilises-a-grande-echelle-487817.htm