Le chômage remonte – Les data centers
Au menu de ce nouveau graphorama :
- le taux de chômage tutoie les 8 % en France, rendant inatteignable l’objectif de plein-emploi en 2027
- la France affiche un montant record d’investissements grâce aux projets de data centers, mais ceux-ci créent peu d’emplois.
1/ La remontée du chômage rend inatteignable l’objectif du plein-emploi en 2027

Les mois passent mais l’objectif, maintes fois répétés par Emmanuel Macron, d’atteindre le plein-emploi – soit un taux de chômage inférieur à 5 % – avant 2027 s’éloigne de plus en plus. Le 29 janvier, la dernière livraison de la Dares, le service de statistiques du ministère du Travail, qui comptabilise le nombre d’inscrits à France Travail, montrait déjà une hausse du nombre de chômeurs en catégorie A (n’ayant pas du tout travaillé).
Ce 10 février, les chiffres de l’Insee, qui mesure le chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) – une méthodologie plus solide – viennent confirmer cette mauvaise tendance, avec un taux de chômage qui s’établit à 7,9 % de la population active au quatrième trimestre 2025, soit + 0,2 point sur un trimestre et + 0,6 point sur un an. Cela en fait « son plus haut niveau depuis le troisième trimestre 2021, mais nettement au-dessous de son pic de mi-2015 », précise l’institut de statistiques publiques.
Dans le détail, le taux de chômage des 15-24 ans augmente nettement, peut-on lire dans la note. Et le quatrième trimestre 2025 a la particularité d’avoir connu la mise en œuvre de la loi pour le plein-emploi : tous les chômeurs et les bénéficiaires du RSA doivent désormais s’inscrire sur les listes de France Travail. Une nouveauté qui a légèrement contribué à l’évolution du chômage (+ 0,02 point sur le trimestre et + 0,11 point sur l’année).
« Faut-il pour autant parler de crise ? », s’interroge Magalin Dauvin, économiste à l’OFCE, dans nos colonnes. « Non. Le marché du travail du travail reste solide, mais l’ère des créations massives sans gains de productivité est close », répond-elle. Son institut table sur un taux de chômage autour des 8,2 % d’ici fin 2026. Les paris sont ouverts…
2/ L’IA gonfle les chiffres de l’investissement en France, pas ceux de l’emploi

2025 a été un cru exceptionnel pour l’investissement en France : le montant total des projets annoncés tous secteurs confondus avoisine les 125 milliards d’euros, selon le cabinet Trendeo. Soit le double du niveau de 2022, qui constituait le précédent record. « Mais ce chiffre est trompeur », met tout de suite en garde l’éditeur de données économiques, qui précise que « les data centers représentent à eux seuls environ 67 milliards d’euros, soit plus de la moitié du total ».
Marginaux jusqu’à il y a deux ans, ces investissements se concentrent sur une poignée de mégaprojets, dévoilés pour la plupart lors du dernier sommet Choose France organisé sous l’égide du président de la République en mai 2025 : consortium d’entreprises françaises avec un fonds émirati pour construire « le plus grand campus IA d’Europe » pour 30 à 50 milliards d’euros, projets de data centers du fonds d’investissement canadien Brookfield (20 milliards d’euros) ou de supercalculateur IA de la start-up britannique Fluidstack (10 milliards)… Ces investissements s’étaleront sur plusieurs années et créeront peu d’emplois au regard des sommes engagées, environ 2 800, souligne Trendeo.
Ces montants records d’investissements contrastent par ailleurs avec le tableau de la France des usines dressé par Trendeo. Alors que l’Hexagone a recommencé à détruire des sites fin 2024, la tendance s’est confirmée en 2025 : il s’est fermé 63 usines de plus qu’il n’en a été ouvert. Rompant avec le dynamisme de ces dernières années, l’emploi industriel est au point mort, car les créations d’emplois sont désormais presque intégralement annulées par les suppressions. Un zoom sur les Hauts-de-France résume la situation : les trois mégaprojets de data centers accueillis dans la région ne compenseront pas les 675 postes supprimés par Stellantis dans son usine de Douvrin…


