« Toujours plus avec toujours moins » : les agents de France Travail contre les économies !
Tous les syndicats de l’ex-Pôle emploi appellent à manifester contre les coupes budgétaires
Comme beaucoup de fonctionnaires, les agents de France Travail sont inquiets. Pour la première fois depuis 2018, l’ensemble des syndicats de l’opérateur public (CFDT, CFTC, CGT, CFE-CGC, FO, FSU, SNAP, STC, SUD et UNSA) appellait à faire grève et à manifester, mardi 29 septembre, dans le cadre de la journée de mobilisation de la fonction publique. Les griefs des représentants sont variés mais se concentrent principalement sur un point : la transformation de Pôle emploi en France Travail à l’occasion de la mise en œuvre de la « loi plein emploi » ne tient pas ses promesses, tant dans l’organisation que budgétairement.
Entré en vigueur en janvier 2025, ce texte a généralisé l’inscription de tous les demandeurs d’emploi à France Travail, notamment les bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA), les jeunes suivis en missions locales et les personnes en situation de handicap accompagnées par Cap Emploi. La loi a également instauré de nouvelles modalités d’accompagnement, en
conditionnant notamment le versement du RSA à des heures d’activité. En parallèle, un nouveau régime de sanctions a été mis en place et les contrôles de la recherche d’emploi ont été renforcés.
Alors que le chômage ne cesse de remonter depuis plusieurs mois pour atteindre 8,3 % de la population active au deuxième
trimestre et que le gouvernement doit dévoiler dans les jours qui viennent son projet de loi de finances pour 2027, les organisations syndicales redoutent un nouveau tour de vis.
Selon Les Echos, France Travail pourrait être concerné par 100 millions d’euros
d’économies et la suppression de 400 postes, sans que le ministère du travail, à qui il est demandé une baisse de budget de 2,5 milliards d’euros, confirme.
Situation « catastrophique »
« Nos missions sont impactées par le contexte actuel, avec la reprise du chômage, et par les conséquences de la “loi plein-emploi”, a expliqué Guillaume Bourdic (CGT) lors d’une conférence de presse, le 24 septembre. Cela fait plusieurs années que l’Etat se désengage de France Travail, avec une baisse de sa subvention de service public et de son budget d’intervention. » Olivier Penobert, délégué CFDT, a, lui, rappelé le changement des paramètres prévus pour l’application de la loi, qui pose un problème de « soutenabilité de la transformation qui nous est demandée ». « Cela devait être une opération entre 2,3 ou 2,7 milliards d’euros, avec un chômage à 5 %. Au final, il faut faire toujours plus avec toujours moins », a-t-il regretté.
Dans le budget pour 2026, France Travail a déjà perdu 515 postes. Une situation « catastrophique » qui a de réelles répercussions, selon la représentante FO, Katia Obiang : « Les agents sur le terrain n’ont pas assez d’offres à proposer aux travailleurs privés d’emploi. » « Nous n’avons pas les moyens de répondre aux sollicitations des demandeurs d’emploi », complète Guillaume Bourdic. « France Travail prend sa part dans les efforts budgétaires demandés, comme tous les opérateurs et agences de l’Etat et c’est normal, assure la direction générale au Monde. Nous nous transformons et nous adaptons pour absorber ces efforts. L’enjeu est de trouver le juste équilibre entre l’effort nécessaire et les moyens indispensables à l’exercice de nos missions. »
L’application de la loi pour le plein-emploi s’accompagne en parallèle d’une transformation de France Travail avec un « plan d’efficience » visant à redéployer 3 700 agents des fonctions support vers l’accompagnement d’ici à fin 2027 – en juin, 2 900 l’avaient déjà été.
Dans les prochains mois, une autre réorganisation va faire passer le nombre de niveaux hiérarchiques de huit à quatre. « Piloter par l’impact et le résultat de chaque euro investi, se confronter aux usagers et rendre le pouvoir d’agir aux conseillers, c’est la méthode sur laquelle on mise pour faire face aux ajustements budgétaires », répond la direction générale.
« Il y a un flou qui persiste, a déploré Frédéric-Paul Martin (CFE CGC). Personne n’est jamais capable de savoir ce qu’il y a vraiment dans les réorganisations, on n’a que des explications fumeuses. » L’intersyndicale de l’opérateur « exige l’arrêt de ces plans de réorganisation et des moyens pour exercer [les] missions », affirme Guillaume Bourdic.
Lors des débats sur le budget pour 2026, le directeur général de France Travail, Thibaut Guilluy, avait ouvertement critiqué la décision du gouvernement de réduire les effectifs. Alors que le mandat de trois ans de ce dernier se termine en décembre, les syndicats de l’opérateur craignent qu’il soit cette fois-ci peu véhément s’il souhaite être reconduit.
« On ne peut pas vraiment le qualifier d’opposant au gouvernement, il applique au millimètre près la politique sur le chômage », a souligné Vincent Lalouette (FSU-Emploi).
Source : Le Monde – Mercredi 30 septembre


