Tout comprendre à la productivité du télétravail en trois minutes
Une nouvelle étude de l’Insee apporte de l’eau au moulin des défenseurs du télétravail. Ce dernier accroît la productivité du travail, bien que de manière modeste et avec certaines limites.
Le télétravail est-il bénéfique pour les entreprises ? Alors que le travail en distanciel à 100 % est plutôt en recul et que le travail hybride – deux jours en « TT » et trois jours au bureau – devient progressivement la norme dans les entreprises qui y ont recours, une nouvelle étude de l’Insee affirme que le télétravail a accru la productivité dans les entreprises qui l’ont maintenu après la pandémie de 2020.
Les auteurs de la note, Philippe Askenazy, Ugo Di Nallo et Ismaël Ramajo, se sont penchés sur un échantillon de 6 600 entreprises et constatent « une amélioration modeste mais réelle » de la productivité liée au télétravail. Une hausse de 10 points de la part de télétravailleurs est corrélée à un gain de 0,7 à 1 point de pourcentage de croissance de la productivité entre 2019 et 2022, écrivent-ils.
Mieux encore : parmi ces sociétés, celles qui louaient déjà des bureaux séparés des lieux de production (usines, magasins…) avant la crise sanitaire de 2020 ont enregistré une amélioration de 2,7 points de croissance. Ces bons résultats s’expliqueraient par une plus grande facilité à réorganiser les locaux et à diminuer les coûts.
Les enjeux. Les défenseurs du télétravail trouveront certainement dans ces conclusions un brin de réconfort. Car le vent ne leur est pas favorable ces derniers mois. Le groupe Stellantis a par exemple annoncé en mars que le retour au bureau était une « priorité stratégique » du redressement du constructeur automobile. La recherche est également divisée sur les effets ambivalents du télétravail.
Prudents, les auteurs relèvent les limites de leur étude. Tous les secteurs ne sont pas examinés (dont l’agriculture, l’immobilier et la finance qui est un gros pourvoyeur de télétravailleurs). Ces gains microéconomiques ne permettent pas d’en tirer une leçon pour l’économie dans son ensemble.
Plusieurs éléments restent toutefois instructifs. Ainsi, les auteurs estiment que la rationalisation des surfaces de bureau et les investissements numériques n’expliquent pas à eux seuls ces effets positifs sur la productivité. L’essentiel proviendrait d’une amélioration de l’organisation (meilleure coordination managériale) et des conditions de travail (trajets plus courts, meilleure autonomie…).
Autre point intéressant, plus la part des télétravailleurs augmente (quand elle passe de 20 % à 25 % de l’emploi total), plus le gain marginal s’essouffle et devient « statistiquement non significatif ». Ce qui laisse penser, avancent les auteurs, que les coûts de coordination deviennent trop élevés dès lors que de nombreux salariés travaillent loin du bureau.


