À France Travail, « on est au bord de la catastrophe »

Les annonces sur les coupes budgétaires prévues par le ministère du Travail ont fait l’effet d’une bombe à France Travail. Elles ont convaincu « l’ensemble des organisations syndicales d’appeler à suivre le mouvement de grève du 29 septembre, une première depuis 2018 », annonce Guillaume Bourdic, délégué CGT de l’organisme censé accompagner les chômeurs. Frappés comme tous les Français par l’inflation, ses salariés pourraient se mobiliser en masse au côté des autres agents des services publics qui demandent ce jour-là « la hausse des salaires et la fin du gel du point d’indice », rappelle l’intersyndicale.

Dans les économies prévues dans le budget 2027, le ministère du Travail a été particulièrement visé, avec une demande de coupes à hauteur de 2,5 milliards d’euros. Selon une première répartition de ces mesures d’austérité précisées en début de semaine, France Travail est frappé une nouvelle fois de plein fouet. L’organisme, déjà mis à contribution en 2026 avec la suppression de plus de 500 équivalents temps plein, pourrait à nouveau perdre 120 millions d’euros et 400 postes. « Dans le contexte actuel de reprise de chômage de masse, c’est une aberration, tonne Guillaume Bourdic au nom de l’intersyndicale, mais on le pressentait vu les orientations politiques et les priorités du gouvernement. »

À ces choix budgétaires mortifères s’ajoute « le plan efficience déjà en cours qui prévoit la réorientation de 4 000 postes et une accélération des réorganisations, traduisez par : réduction des lignes managériales, création de services partagés et centralisation pour économiser des postes », complète Vincent Lalouette de la FSU. Si l’intersyndicale appelle donc à la grève le 29 septembre, c’est aussi pour exiger « l’arrêt immédiat de ces transformations qui n’ont pour effet que de désorganiser notre travail et d’alimenter un climat d’incertitude devenu insupportable ».

LA CROISSANCE EN BERNE

Ces coupes interviennent alors que, depuis l’adoption de la loi plein-emploi en 2025, France Travail est déjà débordé. Dès la première année, 1,2 million de personnes supplémentaires ont rejoint les listes de demandeurs d’emploi, la loi rendant obligatoire l’inscription des bénéficiaires du RSA, de leurs conjoints et des jeunes suivis par les missions locales. « L’équation qui se pose désormais à France Travail est d’accompagner toujours plus de travailleurs privés d’emploi avec de moins en moins de moyens », résume Katia Obiang pour FO. Le compte n’y est pas d’autant que la promesse d’Emmanuel Macron de ramener le chômage à 5 % en 2027 a fait long feu. Il est au contraire reparti à la hausse avec 8,3 % au deuxième trimestre 2026. Et la situation ne devrait pas s’améliorer compte tenu de la croissance en berne. « Le deal de départ des réorganisations, c’était justement que la loi plein-emploi devait ramener le chômage à 5 % », rappelle la syndicaliste.

Dans ces conditions, les portefeuilles des agents explosent avec souvent bien plus de 700 personnes à accompagner. « Le problème de la soutenabilité du modèle France Travail est en question, tonne Guillaume Bourdic, nous sommes au bord de la catastrophe. » Et le déploiement de l’IA, jusque-là sans accord collectif, n’est pas de nature à améliorer les conditions de travail. « On nous vend l’IA comme un outil merveilleux pour les usagers, en réalité, elle est avant tout un levier pour pallier la misère à France Travail », tempête le représentant CGT.

Autre source de malaise, les employés chargés des contrôles, qui doivent suspendre les allocations, sont sous pression. Les cas de conscience se multiplient, « alors que nous ne sommes même pas en mesure de leur proposer du travail car il n’y en a pas », rapporte l’intersyndicale. L’inquiétude est d’autant plus grande que c’est la deuxième année d’austérité consécutive pour l’organisme. « Tous les collègues ont vu les effets de la première vague de suppressions d’emplois », analyse l’intersyndicale. Et alors qu’en 2026, les suppressions de postes ont touché surtout des salariés proches de la retraite, cette fois, elles vont s’étendre à tous, à commencer par les plus précaires.

Source : L’humanité des 25-26-27 septembre 2026