Un psychologue du travail alerte sur les effets inattendus du télétravail sur la santé mentale des salariés.
Si la majorité des salariés est extrêmement favorable au télétravail, cette pratique pourrait avoir des effets divers sur leur santé mentale.
Le télétravail est-il aussi bénéfique qu’on le lit partout ? Bien sûr, on économise le temps de trajet. Oui, on peut se vêtir comme bon nous semble. Certes, on est plus productif quand on peut travailler depuis son salon. Ces avantages existent et ne sont pas négligeables, mais le revers de la médaille ne l’est pas non plus.
La science s’est récemment penchée sur la santé mentale des salariés en les séparant en deux catégories : ceux qui peuvent faire du télétravail et ceux qui ne peuvent pas. Menée par Natalia Emanuel, Emma Harrington et Amanda Pallais, l’étude est parue dans la revue Science le 4 juin dernier. Près de 600 000 salariés ont répondu à des questions sur une période allant de 2011 à 2024.
Les résultats sont sans appel. Les salariés adeptes du télétravail sont beaucoup plus isolés socialement que ceux qui travaillent dans les bureaux quotidiennement. Chez ces travailleurs, l’isolement social bondit même d’un tiers entre 2022 et 2024, par rapport à la période allant de 2011 à 2019. Cela entraîne une conséquence directe : les dépressions sont beaucoup plus fréquentes chez les télétravailleurs. Le canapé est confortable ; le silence, beaucoup moins.
Le JDN a interrogé Jean-Christophe Villette, psychologue du travail et directeur général d’Ekilibre, sur l’impact du télétravail sur la santé mentale. « Il est vrai que ça peut favoriser l’isolement. En télétravail, les relations entre collègues sont très hétérogènes. Soit on se parle davantage, soit on ne se parle plus du tout, et dans ce cas l’isolement en découle », confie-t-il.
Si le télétravail est reconnu pour l’indépendance qu’il accorde aux salariés, il ne facilite pas la déconnexion pour autant.
« L’un des effets du télétravail c’est la superposition des temps de vie. On a, en même temps, vie privée et vie professionnelle. Il faut que les règles sur la déconnexion soient explicites sinon les influences sont néfastes pour la santé mentale des salariés. La qualité du sommeil peut être dégradée, par exemple », explique Jean-Christophe Villette.
Pour les salariés, l’enjeu est donc de concilier les avantages du télétravail avec ces risques potentiels. À long terme, une santé mentale dégradée peut mener à la dépression, voire au burnout.
« Il faut en parler dès les premiers signes de fatigue qui ne disparaissent pas après une bonne nuit de sommeil. C’est un long processus qu’il faut détecter très tôt avant d’être impacté très durement », conclut le psychologue. Le télétravail ne vous dispense pas d’éteindre votre ordinateur après votre journée. Bien au contraire.
Source : https://www.journaldunet.com/management/id/1555911-rv1-sante-mentale-et-teletravail/


