Non, tout le monde ne contribue pas à l’effort dans le budget 2027

Avec son budget 2027, le gouvernement promet un effort « juste ». Faux, répond l’économiste Michaël Zemmour, qui montre que les précaires seront bien davantage mis à contribution que les plus aisés.

Se serrer la ceinture de 43 milliards d’euros : c’est le plan de rigueur auquel le gouvernement demande aux Français de consentir avec le budget 2027, dans l’espoir de rééquilibrer les comptes publics. « L’effort sera partagé. Il sera important, mais il sera juste », a plaidé Roland Lescure en conseil des ministres, le 1er octobre. Ce n’est pourtant pas du tout ce que prévoit le texte.

Contrairement aux éléments de langage de l’exécutif, les Français ne sont pas mis à contribution de façon équitable dans l’équation budgétaire que doit résoudre Sébastien Lecornu. La démonstration est facile à faire : une mère seule à la tête d’un foyer modeste va voir son niveau de vie baisser de 1 %, tandis que le revenu d’un ménage du top 20 % ne sera tout simplement pas affecté par les mesures générales du budget. Sans même parler des millionnaires et des milliardaires, eux aussi absents de la copie budgétaire.

Le déficit, il est vrai, est très préoccupant. Il a été creusé à la fois par une faible croissance et par de très importantes – et téméraires – baisses de recettes sur la période 2017-2022 : baisse de l’impôt sur les sociétés et de la taxe d’habitation, ISF transformé en IFI… Un effort budgétaire est donc sans doute nécessaire, même si l’on peut débattre de son rythme et de sa forme (recettes et/ou dépenses). Sur l’équité de sa répartition, en revanche, il n’y a guère matière à débat.

Car le slogan répété par plusieurs ministres – « tout le monde doit participer à l’effort »1 –, ne résiste pas à l’épreuve des faits et des chiffres. Pour démontrer qu’un énoncé est faux, nul besoin d’examiner tous les cas : il suffit de trouver des contre-exemples. Deux cas types suffisent ici à montrer que le budget 2027 n’a rien à voir avec une situation où chacun contribue à l’effort.

Du bon usage des cas types

Les cas types se manient avec précaution : on en trouve toujours un, peu représentatif, pour appuyer n’importe quel argument. On pense par exemple à la « veuve de l’Ile de Ré », brandie comme paravent pour éviter toute discussion sur la taxation des hauts patrimoines. Leur usage reste pourtant bien utile pour évaluer les effets d’une réforme sur un profil donné, pour mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre ou, tout simplement, pour se faire une idée des ordres de grandeur. Le Conseil d’orientation des retraites (COR), par exemple, raisonne à partir de toute une série de cas types.

Encore faut-il bien les choisir : le raisonnement est d’autant plus intéressant que les cas retenus sont pertinents. La technique de la microsimulation permet ensuite d’appliquer le même raisonnement à l’ensemble de la population, dans toute sa diversité. On attend à ce titre l’analyse du budget 2027 que doit publier l’Institut des politiques publiques (IPP).

En attendant, on peut se concentrer sur les mesures les plus importantes qui demandent un « effort ». A commencer par celles qui touchent le revenu courant des ménages : le gel des pensions pour deux tiers des retraités, le gel des prestations sociales (aides au logement, allocations familiales, prime d’activité), hors minima sociaux, ou encore la baisse du plafond de l’abattement de l’impôt sur le revenu des retraités. 

Côté entreprises, on peut mentionner le gel des exonérations de cotisations employeur (de l’ordre de 0,5 % de la masse salariale). Quant aux très grandes firmes, elles se voient annoncer une baisse – oui une baisse ! – de l’impôt exceptionnel sur les sociétés.

En revanche, nulle trace d’une hausse de l’impôt sur le revenu, pas davantage de hausse de l’imposition du patrimoine, et toujours rien sur les milliardaires. Rien, donc, sur les outils qui permettent à ceux qui vont bien économiquement de participer à l’effort à proportion de leurs moyens.

Pour illustrer ce décalage, on peut comparer l’effet du budget sur un profil à qui l’on demande des efforts et sur un profil qui serait complètement épargné. Particulièrement touché : un ménage qui perçoit à la fois les aides au logement, la prime d’activité, l’allocation de rentrée scolaire et les allocations familiales. C’est par exemple le cas d’une mère seule de deux enfants, en activité à 85 %, rémunérée au Smic horaire et locataire de son logement2. A l’opposé, un ménage sans enfant, en bonne santé et en activité, dont les revenus et le patrimoine le placent dans le top 20 %, n’est pas ou peu concerné par les mesures du budget.

Les plus modestes devront faire davantage d’efforts

Le revenu de la mère seule se compose pour moitié de revenus d’activité, pour moitié de prestations sociales : prime d’activité (230 €), aide au logement (365 €) et prestations familiales (620 €, qui regroupent allocations familiales, allocation de rentrée scolaire et allocation de soutien familial)3. 

Ce ménage se situe ainsi dans le troisième dixième de la distribution des revenus, au-dessus toutefois du seuil de pauvreté monétaire. En 2027, la désindexation des prestations sociales prévue au budget – autrement dit, leur gel alors même que l’inflation annuelle est estimée à 2,1 % – représente pour elle une perte de niveau de vie de l’ordre de 1 %.

À l’inverse, une personne célibataire touchant un salaire de 3 000 € net, ou un couple bi-actif dont chacun des deux membres gagne 3 000 € net par mois, se voit demander un effort de 0 % de son niveau de vie : aucune mesure du budget n’affecte son revenu courant. Si l’on modifie un peu le cas et que le couple a deux enfants (il passerait alors du top 20 % au top 40 % des niveaux de vie), il serait concerné par le gel des prestations familiales, mais à un niveau très faible : environ 0,02 % de son revenu.

Bien sûr, cette démonstration est loin d’épuiser toutes les situations. Il y a, d’un côté, ceux qui sont un peu riches et les très, très riches, à qui rien n’est demandé en particulier. Et, de l’autre, les retraités moyens et les fonctionnaires4, qui subissent une baisse de pouvoir d’achat supérieure à celle de notre premier cas (de l’ordre de 2 %), ou encore une mère seule de trois enfants sans activité (1,7 %).

Mais cet exercice souligne clairement que le slogan « tout le monde doit contribuer aux efforts » est fondamentalement faux. Il dessine au contraire un budget 2027 qui laisse de côté les prélèvements sur les ménages, épargne les classes moyennes supérieures et plus encore les riches et très riches, pour concentrer les économies sur une baisse du pouvoir d’achat des prestations sociales et sur les pensions de retraite.

Et encore, ce n’est qu’un aperçu. Le calcul laisse de côté les mesures sur les arrêts maladie, dont l’impact est considérable mais qu’il faudrait approcher différemment. Et ce qui est peut-être le plus important : la dégradation des conditions de financement des services publics. Elle pèse sur les conditions de vie des ménages, et en particulier des plus modestes, qui ont moins les moyens de recourir à des services privés pour les remplacer. Un effort « juste », vraiment ?

Source : https://www.alternatives-economiques.fr/non-tout-le-monde-ne-contribue-pas-a-l-effort-dans-le-budget-2027_12-10-2026?check_logged_in=1